Les mythes de PKP

Par Jocelyn Maclure et Daniel Weinstock

Ainsi, Pierre-Karl Péladeau estime que le fleurdelisé devrait être mis en berne tous les 17 avril pour commémorer la date funeste à laquelle la Loi constitutionnelle de 1982 fut mise en vigueur. Selon celui qui vient d’être élu député de Saint-Jérôme et candidat potentiel à la chefferie du Parti Québécois, c’est ce jour que s’installa au Canada un « gouvernement des juges », qui fut particulièrement fatidique pour les deux grands acquis de la Révolution tranquille: l’affirmation du fait français et la laïcité.

La lettre de M. Péladeau touche à des questions qui sont sans aucun doute très importantes. Il y est question de l’équilibre entre les différents pouvoirs dans une démocratie libérale, et du partage des compétences entre partenaires dans une fédération. Malheureusement, le propos ne se hisse pas au-delà de la caricature.

Commençons par l’idée que la Constitution de 1982 a instauré un gouvernement des juges.… Continue reading

Political Assholes

Aaron James, a philosopher at University of California Irvine, has a wonderful short book entitled Assholes: A Theory (Doubleday 2012). The title may suggest that it is a silly pop philosophy book aimed at titillation rather than illumination. But it’s actually a highly insightful and persuasive analysis of what it means to be an asshole as opposed to a schmuck, bitch, or psychopath. Crucially for James being an asshole involves a specific kind of moral failing and it is the character of this moral failing that makes assholes both infuriating and destructive to valuable forms of social cooperation. The theory in a nutshell has three components. The asshole: “(1) allows himself to enjoy special advantages and does so systematically; (2) does this out of an entrenched sense of entitlement; and (3) is immunized by his sense of entitlement against the complaints of other”.  (James offers a brief summary of his theory here.Continue reading

Agenda Setting 101 (What, no Ministry of Truth?)

One thing the current national government does very well is to occupy rhetorical terrain. I am thinking in particular of how the government deploys short form titles for its legislation. This week we are hearing a lot about the Truth in Sentencing Act. Last week it was Victims Bill of Rights Act. And for months now, the Fair Elections Act. In my little corner of the world, the latest legislation is called the Protecting Canada’s Immigration System Act, and before that, the Faster Removal of Foreign Criminals Act and the Balanced Refugee Reform Act.

There are days when I think what I most resent about this legislative agenda is that as a law teacher, I am required to stand up and say these things aloud.

What is more, even as Canadians engage in a public, private, Parliamentary, and scholarly debate about these laws, these short form titles get repeated over and over.… Continue reading

Intégrité morale et politique partisane

J’ai déjà tenté de décrire jusqu’à quel point le débat sur la Charte des valeurs a été éprouvant pour ceux qui s’y opposaient. On sait aussi que les intellectuels et organismes crédibles étaient majoritairement contre le projet de loi 60. La Fédération des femmes du Québec, le Barreau du Québec, la Commission des droits et libertés de la personne et de la jeunesse du Québec, Québec Inclusif, la Ligue des droits et libertés et les universités se sont dressés contre la Charte. 60 chercheurs dont les recherches portent sur des sujets comme la laïcité, l’immigration et la démocratie ont rédigé un mémoire qui était une charge à fond de train contre l’interdiction générale des signes religieux et la façon dont le débat a été mené. Bref, les raisons de s’opposer au projet de Charte étaient nombreuses et bien connues.

Il était pratiquement certain que des ministres péquistes entretenaient des doutes sérieux quant au PL 60.… Continue reading

The Ball is in ROC’s Court

Pretty much everyone agrees that last Monday’s election was one of the most meaningful in Quebec’s recent history. But not everyone agrees on what that meaning was. Some observers rightly noted that the Parti Québécois’ campaign was shockingly, and surprisingly, incompetent. From the moment Pierre Karl Péladeau raised the issue of Québec’s independence, the PQ seemed to slip into improvisational mode. But unlike good improvisational practice, party officials and operatives were not playing with each other, but against each other. This was at no point more evident than when three péquistes dealt with the question of whether the PQ’s secularism charter might lead to state employees being dismissed in three radically different ways on the same day. A second-rank candidate stated that they very well might. Cabinet Minister Jean-François Lisée opined that they most certainly would not. And Premier Pauline Marois, in what must surely rank as one of the most fly-by-the-seat-of-your-pants, make-it-up-as-you-go-along moments in recent campaign history, offered that the government might help find employment in the private sector for those public employees laid off because of their refusal to shed their religious apparel.… Continue reading

Le multiculturalisme, un despotisme? Réplique à Mathieu Bock-Côté

Il est pratiquement impossible de discuter sérieusement avec quelqu’un qui ne respecte pas des critères comme la véracité ou la correspondance avec les faits, la rigueur argumentative et la cohérence logique. Le respect de ces standards épistémiques est essentiel à toute discussion rationnelle ou à une véritable dialectique entre des positions opposées. Je ne refuse pas les débats publics avec des intellectuels qui plongent selon moi trop souvent la main dans le sac de la sophistique, de la démagogie et de la polémique car je doute beaucoup que la politique de la chaise vide soit efficace. Dans mes interventions écrites, toutefois, je préfère de loin critiquer la meilleure version de la position adverse. Comment la pensée pourrait-elle progresser autrement ? Quel intérêt y a-t-il à réfuter une position faible ou une caricature?

La faiblesse d’une telle posture, toutefois, est qu’il s’agit d’une autre façon de pratiquer une politique de la chaise vide.… Continue reading

Whither the Left in Quebec?

            I live in a Montreal riding that has been voting Liberal since time immemorial. Deciding who to vote for is therefore for me something of a theoretical exercise. Whatever happens in the province more broadly, you can be sure that Kathleen Weil, who served as Minister of Justice in the Charest government, will be returned to power with a hefty majority. Weil is a credible candidate, but I won’t be voting for her. Like many Quebeckers, I worry about the degree to which Philippe Couillard has managed to rid the party of the stench of corruption in the few months that he has been leader. Like many people on the Left, I don’t see him as having in any significant way arrested the rightward drift that Jean Charest imprinted upon the Liberals. And as a civil libertarian, I am not ready to forgive the Liberals (and Mme. Weil) for having enacted repressive legislation aimed at stemming the protests that gripped the province in the Spring and Summer of 2012.… Continue reading

Vote stratégique vs vote de conviction

Comme à l’élection de 2012, les exhortations à « voter stratégique » abondent. Le Parti Québécois étant maintenant deuxième dans les intentions de vote, Jean-François Lisée recycle ses sorties culpabilisantes contre ceux qui se préparent à voter pour Québec Solidaire. À le lire, on croirait que les progressistes qui ne voteront pas pour le PQ sont tout simplement irrationnels. Il semble oublier que le PQ a un bilan pour le moins mitigé sur le plan de la justice sociale, et que la justice sociale comprend aussi un axe identitaire. Cela dit, il est normal que le dilemme vote de conviction/vote stratégique se pose dans un système uninominal à un tour où plus de deux partis sérieux rivalisent pour le pouvoir. L’absence (regrettable) d’un élément de proportionnalité dans notre système électoral fait en sorte que la division du votre entre deux partis assez rapprochés d’un point de vue idéologique peut permettre à un tiers parti dont le programme est plus éloigné de se faufiler entre les deux.… Continue reading

Does the PQ have to Say Whether It Will Hold a Referendum?

Apart from convinced sovereigntists, very few people had given serious thought to the possibility of a third referendum on Quebec’s independence before the current election. Support for independence has been oscillating around 40% for years and a huge proportion of the population did not want to hear about it, including disillusioned sovereigntists. Even a deeply disliked conservative government in Ottawa hasn’t been enough to reignite the independence flame. But things can move quickly in politics, and it now appears that a Parti Québécois majority government would switch gear and do whatever it can to create a momentum for sovereignty. As Daniel pointed out, the baby boomers who are masterminding the current PQ strategy are arguably thinking that their best chance to see an independent Quebec during their lifetime is to organize a new referendum as quickly as possible. Media mogul and now PQ candidate Pierre Karl Péladeau (PKP) is not known for his patience.… Continue reading

Les leaders péquistes comprennent-ils leur propre charte ?

Comme le souligne Joseph, l’idée que les entreprises privées pourraient décider d’appliquer la Charte de laïcité est ahurissante. Bernard Drainville, le ministre responsable du dossier, dit depuis le début que les entreprises pourraient « s’en inspirer ». Pauline Marois et François Gendron viennent tout juste d’opiner que les entreprises seront libres d’appliquer la Charte si elles le désirent. Il y a tout lieu de se demander si la première ministre et le vice-premier ministre comprennent leur propre Charte, ainsi que la Charte québécoise des droits et libertés. Questionnés par les journalistes, ils auraient dû préciser que le chapitre 5 du projet de loi 60, à savoir l’interdiction pour tous les employés des secteurs public et parapublic de porter un signe religieux dit « ostentatoire », ne s’applique pas aux entreprises privées, à moins qu’elles soient sous contrat avec le gouvernement. En vertu de l’article 10 de la Charte québécoise des droits et libertés, les entreprises privées ne peuvent discriminer sur la base de l’appartenance religieuse d’un employé.… Continue reading